C'est par un mél reçu hier que j'ai appris le décès de Jean d'Antin. Depuis mon arrivée dans le mouvement fin 2000, j'ai rencontré Jean à de très nombreuses reprises au groupe de St Lazare, le mercredi. Lorsque nous bavardions ensemble, je me retrouvais dans son chemin de vie dans la mesure où Jean a exercé le même métier que moi pendant une quarantaine d'années. Cela m'a aidé d'avoir un modèle vivant de réussite de sa vie dans le mouvement AA. Il n'a pas été mon parrain : c'était un ami sincère. Les quelques fois où j'avais fait appel à lui, j'avais trouvé une oreille attentive et il savait dédramatiser les situations, une façon aimable de mettre les choses à plat. La dernière fois que je l'ai croisé, c'était lors du congrès de Versailles le 19 novembre 2005. Il m'avait semblé fatigué. C'est pour moi un phare qui s'est éteint. Cela me permet de penser à la briéveté de mon passage sur terre. La nécessité absolue pour moi d'être dans mes 24 heures et de profiter du temps présent. Je me disais que cela faisait quelques 24 heures que je n'avais pas écrit d'article ici et d'autre part j'avais repensé lundi dernier à Jean en passant près de la rue d'Antin (il demeurait près de St Lazare d'où son surnom). Voilà donc deux prémonitions qui trouvent un écho : le décès de Jean qui motive la rédaction de cet article. En écrivant ces quelques lignes, je ne cesse d'avoir en mémoire l'image de cet homme âgé mais tonique, au phrasé modéré mais aux propos affirmés. Ce qu'il y a d'exceptionnel en AA, c'est de côtoyer des personnages que je n'aurais peut -être pas rencontré "dans le civil". La force du mouvement, c'est ce brassage de personnalités uniques qui me permet de me nourrir de l'expérience des AAmi(e)s. Adieu Jean : je suis triste de te savoir parti à tout jamais. L'émotion m'envahit et mes yeux s'embrument. Comme l'alcoolisme, la vie est une maladie progressive, incurrable et mortelle. Repose en paix Jean.
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Ma vision de ma situation financière diffère à ce jour de celle lors de mon arrivée dans le mouvement. Il se trouve que quelques jours après mon arrivée dans le mouvement, je me retrouvais interdit bancaire pour la première fois de ma vie. Neuf mois plus tard, j'étais avisé par l'administration fiscale que je faisais l'objet d'un contrôle : il dura plus de trois mois. A la suite de ce contrôle fiscal, j'étais "redressé" de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Deux ans plus tard, j'étais à nouveau contrôlé fiscalement : cette fois-ci aucune "anomalie" n'avait été détectée donc pas de redressement. L'insécurité financière m'est donc connue. Le temps passe et me voici à avoir une situation moins dégradée. Je continue à payer mes dettes. J'évite d'en faire de nouvelles. Mon banquier constate que mes comptes passent au vert de temps à autres alors que le rouge était la seule couleur qu'ils utilisaient jusque là. Donc je devrais être moins stressé, plus cool. Râté! Mon côté perfectionniste, allié à un égo encore trop "encombrant ", reprend le dessus. Je voudrais pouvoir payer toutes mes dettes là maintenant, de suite, sans plus attendre ! Comme si j'avais assez attendu, comme si maintenant tout cela n'était plus qu'un mauvais souvenir. Voilà, je l'ai écrit. Et cela ne change rien. Si je regarde ma situation financière maintenant après avoir écrit ces quelques lignes, je constate qu'elle est dans le même état qu'en commençant à rédiger. Qu'est-ce qui a bien pu changer alors? Tout simplement, comme dans un partage oral dans un groupe de parole, j'ai pu mettre des mots sur ce que je ressens. Ce faisant, je m'ancre dans la réalité, refusant de me bercer d'illusions et fuyant toutes ces utopies qui peuplaient mon monde onirique quand j'étais dans le produit. Ce sentiment de toute puissance que j'avais alors ne durait que le temps de l'imprégnation alcoolique. Le réveil n'était que plus difficile. J'apprends à vivre sans souffrir mais à quel prix. Je m'accroche à l'outil des 24 heures pour m'éviter toute projection hasardeuse. Je pose des actes, humblement, au sens littéral du terme en ayant bien le sentiment de ma propre faiblesse. Je demande à ma puissance supérieure de m'aider et de me donner confiance en moi. Je procède régulièrement aux différents réglages que ma maladie m'impose : trouver la bonne distance à l'autre, éviter les emballements, retenir la colère sans pour autant me laisser faire. De même qu'une voiture de course nécessite des réglages précis et minutieux très souvent, ainsi l'alcoolique que je suis se doit de s'auto-évaluer régulièrement afin de diagnostiquer précocément toute anomalie qui risquerait de le reconduire à la bouteille. Le thème de l'insécurité financière n'était qu'un point d'entrée dans ma réflexion sur ma propre prise en charge et sur l'analyse relative de ma vie au fur et à mesure que j'avance sur le chemin de la connaissance de moi-même.
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Humilité : vertu qui nous donne le sentiment de notre faiblesse. Vertu : force de caractère, amour du bien, qualité particulière, ferme disposition à éviter le mal et à faire le bien.
Il est clair pour moi que l'humilité m'était totalement étrangère avant que je ne rencontre le programme. Le sentiment de faiblesse ne pouvait être une valeur pour moi quand j'étais dans le produit. Installé dans une vie de compétition, seule la force, le pouvoir avaient valeur à mes yeux. Bien sûr, je savais avouer mes faiblesses quand cela ne portait pas à conséquence. Et surtout quand cet aveu permettait de me justifier. Vous avez dit humilité ? Le programme des Alcooliques Anonymes, en tout cas, en parle, même souvent. La première étape est un pas décisif vers l'humilité. Admettre mon impuissance devant l'alcool. Admettre que je suis faible. Admettre que les autres peuvent boire de l'alcool et que, pour moi, ce produit est un poison mortel. Accepter cette "injustice", accepter que tous les êtres humains ne naissent pas égaux sur le plan biologique. Et que concernant l'alcool, je suis un handicapé de la vie. Le programme m'apprend, 24 heures à la fois, qu'avoir le sentiment de ma faiblesse n'est pas un défaut. Bien au contraire, c'est une vertu. Je parle ici de l'humilité pas de la fausse-humilité. La fausse humilité, je la pratiquais "avant" : c'était une façon de manipuler autrui. L'humilité qui m'est suggéré de mettre en oeuvre par le programme des AA est une façon de me prendre en compte de façon relative. Je ne suis pas Dieu. Je n'ai pas à utiliser le pouvoir, l'argent, l'orgueil pour exister. Bien au contraire, c'est en prenant la mesure de ma faiblesse, de ma fragilité que je peux apprécier d'être en vie, en "relative" bonne santé. Ce sentiment de faiblesse est en fait indispensable à ma qualité de vie. Lorsque je regarde une émission à la télévision traitant de l'univers ou même de la terre vue du ciel, j'ai plus de facilité à admetre ma faiblesse, ma fragilité. En revanche quand j'inter-agis avec un autre être humain, l'exercice est plus difficile. Ma tendance naturelle est de glisser vers la fausse humilité. Je me surveille comme le lait sur le feu pour éviter de laisser réapparaître mes vieux démons : la tentation de la prise de pouvoir, le plaisir à dominer en faisant peu de cas de l'autre. En écrivant ces lignes, je n'arrête de me poser la question : es-tu dans la rigoureuse honnêté ? Utilises-tu le blog à des fins de reconnaissance ? Es-tu sincère dans ta démarche en faisant part de ton ressenti à d'autres, comme tu le fais en réunion lors de tes partages ? Je me reconnais bien dans toutes ces questions que je me pose à moi-même et dont les réponses se feront jour petit à petit... Toujours est-il que l'humilité est une façon de me regarder tel que je suis vraiment, sans artifice, sans carapace. L'humilité, pour moi, est une façon d'être vrai. J'avais besoin , très égoïstement, de faire le point à ce jour sur cette notion d'humilité.
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Comme tout alcoolique, je ne suis pas confortable avec l'affectif. C'est en arrivant dans le programme AA que j'ai découvert que j'avais un rapport à l'affectif très particulier. Tout d'abord, je n'avais pas identifié que j'avais un énorme besoin d'amour et d'être rassuré. Incapable que j'étais de traduire avec des mots ce que je ressentais pour un autre être humain. La stratégie que j'avais développée consistait à limiter les contacts avec d'autres êtres humains sur ce plan-là. Entouré de ma famille, j'étais dans un cocon protecteur mais aussi un peu étouffant, en tout cas c'est ce que je ressentais à l'époque. Lorsque je rencontrais une femme, je lui demandais de ne pas tomber amoureuse de moi. Je prétextais ne pas être celui qui lui convenait et que, dès lors, elle trouverait mieux ailleurs auprès d'un autre homme. Bien sûr, il m'est arrivé (rarement...) de tomber amoureux et là j'étais malheureux. Paradoxal? Non. Dès lors où je tombais amoureux je savais, inconsciemment, qu'un compte à rebours venait de se mettre en marche. Plus j'avançais dans la relation plus je redoutais le moment inexorable où la relation cesserait. De sorte que la stratégie de ne pas tomber amoureux s'imposait à moi. Le plus simple consistait à ne pas rencontrer les bonnes personnes. Bien sûr, maintenant avec le recul, tout cela me paraît clair. Je peux affirmer que lorsque j'étais dans le produit c'était très compliqué dans ma tête. Et j'ai essayé plusieurs façons d'inter agir avec les autres êtres humains, en particulier avec les femmes. Il est clair que l'alcool constituait un rempart appréciable : je n'étais pas moi, j'étais un autre Douglas. Mais quand je refaisais surface, tout était encore plus compliqué. A une époque, je compulsais dans les relations arrivant à me convaincre que cette émiettement relationnel m'empêcherait de me lier de trop et donc de souffrir à terme. Puis est venue ma découverte du programme et surtout de l'outil "les 24 heures". J'ai appris que je pouvais avoir des projets mais que ma vie se vit au jour le jour. Inutile donc de "pré-vivre" ma vie. Je ne me projette plus ou, en tout cas, bien moins souvent. Ceci dit, je ne suis pas un saint et mes vieux démons refont surface de temps à autres. La différence réside dans ma capacité à mettre des mots sur mon comportement et de pouvoir analyser et identifier mes dysfonctionnements. Et c'est déjà énorme. Je ne fuis plus systématiquement l'affectif comme je le faisais. Par contre, la sincérité reste un souci. Je veux me persuader d'être sincère face au programme, enfin je pense l'être, mais puisqu'après tout nul n'est parfait, je sais très bien qu'en fin de compte je ne le suis pas vraiment. Je me cache derrière cet égoïsme qui se veut protecteur et me permet de faire fi des autres quand cela m'arrange. Mais je sais donc où le bât blesse et il ne tient qu'à moi de travailler dans le sens du mieux.
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Prendre une décision est un acte simple en apparence. Pour moi, c'est un vrai défi qui s'impose à moi dès que l'affectif est en jeu. Je me souviens de l'époque où "étant dans le produit" je prenais des décisions tranchées et sans nuance dans un tas de domaines de ma vie. J'affichais un comportement très mec-qui-se-la-pète-et-qui-entend-que-ça-se-sache. Pas très subtile comme attitude je le reconnais bien volontiers. Ayant posé le verre depuis quelques 24 heures (selon l'expression consacrée), je me disais que désormais les choses seraient plus faciles. Plus de ce poison pour me brouiller les cartes. Donc facilité de raisonnement et de prise de décision idoine. Cette vision paradisiaque est très éloignée de la réalité en ce qui me concerne. J'ai la chance de pouvoir analyser une situation et de déterminer la décision à prendre en toute connaissance de cause. Mais à ce stade, c'est du niveau de l'intellect. Facile donc. Etape suivante : passage à l'acte. Alors là, rien ne va plus car je vais devoir inter agir avec un autre être humain. Et justement, cet autre être humain est quelqu'un d'important pour moi. Je vais devoir lui faire part de ma décision et je vais risquer de lui causer de la souffrance alors que la raison m'impose telle décision. A ce moment précis, je suis dans un état difficile à décrire car je suis coincé entre l'analyse froide d'une situation et la relation humaine avec cet autre à qui je vais causer de la souffrance. Le problème, à ce moment, n'est pas de savoir qui a raison qui à tort, qui a fait telle ou telle chose ou a péché par omission ou négligence. Le problème est que la décision est prise et va donc produire ses effets. Le besoin d'être apprécié, d'être aimé, d'être parfait est une caractéristique de l'alcoolique. Etant alcoolique, je n'échappe pas à la règle. Fait étonnant, alors que je venais de prendre une décision qui me pesait, j'ouvrais le gros livre à une page au hasard (qui n'existe pas j'en suis désormais convaincu). La tête pleine de doutes quant à la décision prise et que je devais mettre en oeuvre, je tombais sur un passage du témoignage d'une amie qui décrivait très précisemment ce que j'étais en train de vivre. Cela faisait longtemps que je n'avais pas ouvert le gros livre. Je pensais même l'avoir lu en entier et, en fait, je n'en ai lu que les deux tiers (la présence du marque page en était un preuve). J'ai donc lu quelques paragraphes au hasard après l'endroit où se trouvait le marque page. Et c'est là le miracle de AA : dans ce partage, il était question de moi, de ce que je vivais là dans l'instant présent. Bien sûr, l'émotion aidant, mes yeux s'embrumèrent me rappelant que je suis toujours cet alcoolique, cet utopiste en faillite. Après ce passage larmoyant, la vie reprend son cours. Je continue à agir dans le sens de la décision prise. C'est un peu moins lourd. J'ai fait ce que j'avais à faire. La pression baisse. J'ai moins peur. Je sais que ma puissance supérieure est là pour m'aider à avancer. J'avais besoin de partager tout cela ici. Merci de m'avoir lu.
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