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Mardi 1 novembre 2005
Et voilà ! Nous sommes le 1er novembre, premier jour du mois de mon abstinence. Deux mois rythment ma vie : mars pour mon anniversaire civil et novembre pour mon anniversaire AA. Je l'ai entendu plusieurs fois en réunion, fêter une année de plus est une joie en AA, ce qui est moins vrai dans le "civil". Pourquoi ce besoin de marquer le temps? Les dates, les heures, les lieux autant de repères qui permettent de structurer ma vie. Tels des jalons, les anniversaires marquent le temps pour se souvenir, pour ne pas oublier. J'ai un vrai besoin de ces jalons. Fêter un anniversaire n'est pas que la manifestation de son égo ou l'occasion de faire la fête avec du champagne musulman (autre dénomination du Perrier). C'est faire un arrêt sur image, faire un constat du temps écoulé. A la lueur du temps passé, je peux faire des projets, envisager mon avenir sans pour autant pré-vivre les événements. Tout le mois de novembre et, plus particulièrement, le 16, date d'arrêt de mon alcoolisation en 2000, je vais faire des inventaires, des constats, prendre des décisions pour envisager demain sans souffrance ou du moins en la limitant le plus possible sachant que la souffrance permet de croître spirituellement. Jour après jour, j'ai appris à construire une abstinence heureuse fondée sur des principes de vie librement acceptés par moi et que le programme me suggère. Ce mois de novembre sera réussi dès lors où je resterai dans mes 24 heures, en étant honnête avec moi-même et avec les autres, en fuyant le mensonge et la manipulation. Autrement dit, ce mois-ci je ne chômerai pas de ce point de vue. Je continuerai à poser des actes : notre programme n'est-il pas un programme d'action?
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Jeudi 20 octobre 2005

Qui n’a pas déjà eu l’occasion de s’écrier « je suis débordé ! » ? Quand j’étais « dans le produit », il m’arrivait de dire que j’étais débordé. En fait, à y regarder de plus près je ne l’étais pas tant que cela. Je trouvais toujours le temps pour aller boire, sous de fallacieux prétextes professionnels. Il faut dire que mon activité professionnelle de l’époque me donnait l’occasion de boire presque tout le temps : pour fêter ceci, pour se consoler de cela, pour faire connaissance, pour se relaxer… L’alcool était là, présent partout dans ma vie. Je le savais mais j’avais l’impression que cela ne durerait pas, qu’un jour les choses changeraient. Lorsque j’ai rencontré le programme des alcooliques anonymes, j’ai pris conscience de mes erreurs passées. Bien sûr cela ne s’est pas fait du jour au lendemain par le simple fait de poser le verre.  Le programme, petit à petit, me permet de déterminer ce qui est bon et prioritaire pour moi aujourd’hui. Et le travail n’est plus la priorité pour moi. Je compulsais dans le travail comme je buvais plus que de mesure. Le dysfonctionnement émotif et mental de base revêt chez moi plusieurs formes. L’alcool est mon problème majeur car il influe sur ma vie, sur mes vies, les rendant impossible à vivre pour moi et pour mon entourage. Mais l’alcool est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt. Pour revenir au travail, j’avais un métier très prenant, on dit maintenant « chronophage »… En relation avec une clientèle privée, mon travail consistait à gérer pour le compte d’autrui des immeubles. Ce métier est peu valorisant et dans le meilleur des cas je pouvais simplement être à jour de mes taches ce qui n’était jamais le cas du fait d’un nombre très important de petites choses à faire qui sont très … chronophages. Mon travail consistant entre autres taches à faire office de percepteur, je devais être à la fois un fournisseur et un banquier-flic. Je devais montrer l’exemple de rigueur et d’impeccabilité moi qui n’était ni rigoriste ni impeccable. Cette charge de travail importante que je gérais tant bien que mal créait un stress quasi chronique et je me réfugiais derrière des phrases toutes faites du genre « je suis débordé » pour faire comprendre à mes interlocuteurs que je ne pouvais pas fournir davantage de travail. Cette stratégie de communication n’est pas bonne. Plus je disais que j’étais débordé, plus mes clients faisaient en sorte d’être servis en premier. Cela augmentait encore plus le stress car je devais opérer des choix difficiles : chaque client était sensé avoir le même poids, pourquoi devais-je traiter tel dossier plutôt que tel autre ? La formule classique qui consiste à rouspéter pour être entendu était bien connue de mes clients. J’avais donc une bande de rouspéteurs qui me prenaient la tête et que je servais en priorité mais sans vraiment savoir pourquoi. L’alcool était bien sûr là qui rôdait. Embusqué au restaurant, dans les salles de réunions, au café du coin, chez mes clients, chez mes fournisseurs… J’étais débordé pas seulement par le travail mais aussi par l’alcool. Depuis bientôt 5 ans que je fréquente le mouvement des alcooliques anonymes,  je me suis renseigné sur d’autres fraternités utilisant le même programme en douze étapes. J’ai donc appris que l’on pouvait être dépendant du travail.  Le travail pouvait devenir une drogue qui permettait d’anesthésier le cerveau comme le fait l’alcool. En travaillant 14 à 15 heures par jour, il était possible de se crever au travail au sens littéral du terme. En reprenant mes agendas, je constatais que je commençais ma journée à 9h00 et que je rentrais chez moi vers 2 h du matin et ceci très souvent : les 14 à 15 heures de travail effectif étaient bien là. Mon dysfonctionnement émotif et mental avait donc comme moyen de manifestation le travail et l’alcool. En y regardant de plus près, d’autres manifestations existaient mais ce n’est pas le lieu de les aborder ici. « Je suis débordé ! » : voilà une expression que je n’emploie désormais plus. Si je dis à quelqu’un que je suis débordé cela revient à lui dire que je ne suis pas en capacité d’organiser mon temps de travail et qu’au lieu de diriger ma vie je me laisse diriger par mon travail et par les événements. Je repense à une vieille dame que j’avais rencontrée à son domicile voilà quelques années et dont le téléphone se mit à sonner. Je me suis interrompu pensant qu’elle allait répondre. Et pourtant elle ne répondit pas. Quand je lui demandais pourquoi elle n’avait pas répondu, elle me dit « si c’est important ils rappelleront ! ». J’ai le choix entre être dans l’excitation du temps qui passe, du temps qui m’échappe et du stress que je m’impose en voulant essayer de faire avec et être dans le « ici et maintenant » en apprenant à gérer ma vie et mon temps, en sachant qu’à chaque fois que je me laisse emporté dans la frénésie du travail, je me mets en danger. La recherche de sensations qui étaient en toile de fond à la fin de ma période d’alcoolisation sévère peut à nouveau montrer le bout de son nez en compulsant dans le travail. Grâce au programme en 12 étapes, je ne suis plus débordé par le travail. J’essaye, 24 heures à la fois, de poser des actes afin que mon travail se fasse avec le moins de stress possible. Je ne suis plus victime du travail et s’il m’arrive de dire que je suis débordé ce n’est plus, désormais, que sur le mode de l’humour.

 

 

 

 

DouglAAs – dimanche 9-10-2005.
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Dimanche 11 septembre 2005

Tempus fugit ! Les anciens utilisaient cette formule pour traduire la fuite du temps. Sur le chemin de ma propre vie, le temps est une composante omniprésente et en même temps imperceptible. J'ai appris à vivre 24 heures à la fois. Cette façon de morceler le temps est à ma portée. Je peux envisager une journée : je n'ai aucune idée de ce qu'est une vie toute entière. Ce découpage "humain" du temps n'empêche pas le temps de s'écouler. Le temps s'écoule selon des lois des physiciens. ma perception du temps m'est toute personnelle. Certaines minutes paraissent être une éternité, parfois une vie semble passer en un instant. J'apprends, 24 heures à la fois, que je n'ai pas à regréter le passé ni à l'oublier. Fêter un anniversaire me permet de ne pas oublier un évenement. Pour ce qui est de la naissance d'un groupe AA, cela permet de mesurer le chemin accompli. Déjà fêté en petit comité en juillet dernier, nous avons voulu que ce premier anniversaire se déroule le 28 septembre 2005 avec une participation nombreuse d'amis. L'avenir dira si mes espoirs étaient fondés. Même si à travers le monde plus de 100.000 groupes existent, chauqe groupe à défaut d'être indispensable est nécessaire à la survie de notre beau mouvement. Je forme le voeu que bientôt un comité composé d'amis nouveaux permette au groupe de continuer son cheminement pour être ce phare AA sur le site de La Défense où travaillent plus de 150.000 personnes.

 
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Dimanche 4 septembre 2005
Le 4 septembre c'était l'anniversaire de mon père. C'était une date importante dans la famille et après son départ en 2001 pour un monde dit meilleur, chaque année le 4 septembre est une date spéciale. L'autre date spéciale est pour moi le 16 novembre : en 2000 je posais le verre au groupe de Saint-Cloud et le 22 juin 2001, mon père s'endormait pour toujours. Ces dates que je mémorise si facilement parce qu'elles sont chargées sur le plan émotionnel. J'ai eu pendant de très nombreuses années des relations très tendues avec mon père. Il n'était pas alcoolique mais vraiment malade de ses émotions. J'assistais souvent à ses débordements incontrôlés mais qu'il justifiait de façon systématique. Homme intelligent et brillant, j'étais le fils de ... Depuis tout petit, je n'étais pas Douglas mais le fils de ... Avec le recul, je me dis qu'il vaut mieux savoir de qui on est le fils mais à forte dose ça devient un problème. Très vite, je me suis rendu compte que je me devais d'être diférent de mon père pour exister même si j'ai souvent fait du copier-coller.  L'alcool par exemple : lui trouvait que perdre son contrôle sous l'emprise de la boisson était indigne d'un homme. Devinez ce que j'ai fait... Ma fille qui a passé quelques jours en vacances avec mon frère et ma belle soeur m'a rapporté que mon frère se souvenait que lorsqu'on dînait tous ensemble je quittais la table vers la fin du repas pour aller dormir. En fait, je n'aimais pas l'alcool et ça m'endormait. La première fois que j'ai senti le besoin d'aller me coucher avant la fin du repas remonte à l'âge de 15 ans... Voilà ce que m'inspire cette date : l'anniversaire de la naissance de mon père et le fait que j'étais le fils de ...
 
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Jeudi 11 août 2005

Les vacances!

Quand j'étais petit, c'était en juillet et en août que se prenaient les vacances. Pour moi, c'était la côte d'azur au bord de la mer. J'aimais les vacances mais je m'ennuyais car ça ne bougeait pas. Répétition des scénarii des journées : grasse mâtinée, puis déjeuner puis plage encore de la plage jusqu'au soir. Le soir, promenade pour avoir un peu de fraîcheur après une journée pleine de soleil. Le dîner en famille.  C'est à cette époque que je faisais connaissance avec le jazz à la pinède de Juan-les-Pins. Il y avait les chevaux en bois avec des roues et monsieur Colette, le peintre sur verre. Il était à la pinède tous les soirs pour vendre ses tableaux aux touristes et moi de temps en temps je faisais un tour avec les chevaux à roulettes. J'aimais papoter avec ce monsieur qui faisait de si beaux tableaux sur du verre au lieu de peindre sur une toile. Ma mère possède toujours un visage d'une jeune fille de cet artiste qui doit être mort depuis. Sans faire usage d'alcool, les vacances se déroulent calmement. J'ai pu faire le vide dans ma tête au bout de trois jours de repos. J'ai encore sept jours devant moi. Depuis mon arrêt d'alcool le 16 novembre 2000, les dates comptent beaucoup pour moi. C'est comme un besoin de marquer le temps et de fixer des repères. Désormais, les vacances sont réparties tout au long de l'année. Je préfère des vacances courtes car je risque moins de m'ennnuyer. J'ai toujours besoin, même si c'est moins fort, d'avoir un emploi du temps rempli même si c'est pour prendre "rendez-vous" avec moi-même. J'avais envie de rédiger un article sur ce thème. Si le coeur vous en dit, n'hésitez pas à écrire un article.

Bonnes 24.

DouglAAs

 
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